HÎGO - Agathe Rosa

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Portrait par Building Books

Benoît Santiard





"La pratique photographique d'Agathe Rosa s'inscrit dans le prolongement d'un travail artistique plus large.
Artiste plasticienne représentée par la galerie italienne Société Interludio, elle développe depuis plusieurs années une œuvre faite d'installations, de dessins, d'objets ou de céramiques, où se rejouent sans cesse les relations entre lumière, espace et perception. Ses dessins, souvent traversés de lignes et de structures, peuvent se lire comme des plans ouverts et certaines installations prolongent ces tracés dans l'espace et dans la matière. Récemment, une de ses œuvres a rejoint les collections des musées de Marseille. Par ailleurs qualifiée comme Maître de Conférences, elle a enseigné dix ans à l’Ecole d’Architecture de Marseille.

La photographie d'architecture naît de cette attention aux formes construites et à leur capacité à produire des expériences sensibles.
Architecte HMONP de formation, ayant travaillé en agence, Agathe Rosa possède une compréhension immédiate des projets: leurs logiques spatiales, leurs contraintes, leurs intentions. Elle a notamment collaboré avec des agences d'architecture primées, dont Ivry Serres et Laurent Beaudouin (Équerre d'argent 2022) pour la Médiathèque de Grasse. Mais ce savoir technique n'est pour elle qu'un point de départ. Ce qui l'intéresse est ailleurs: dans la manière dont un bâtiment respire, capte la lumière, dialogue avec son environnement, accueille les corps et les regards.

Sa pratique photographique s'inscrit ainsi dans un espace intermédiaire, entre précision et intuition. Elle observe les volumes, les matières, les reflets, les transitions de lumière, les situations parfois presque imperceptibles qui donnent au lieu son atmosphère. L'image devient alors moins une description qu'une manière de révéler ce qui se joue dans l'expérience du bâtiment. Plusieurs projets qu'elle a photographiés ont été récompensés ou nommés dans des prix d'architecture majeurs.

Le nom Hîgo s'est imposé à elle comme une évidence, apparu un jour dans un rêve avant qu'elle n'en découvre l'origine. Hîgo est le nom d'une ancienne province du Japon. Le mot évoque pour elle un ensemble de valeurs: la minutie, l'attention au site, le respect des matières, une relation subtile entre architecture et paysage. Plus qu'un simple nom, Hîgo est devenu une manière de penser le regard — une pratique attentive, presque silencieuse, qui cherche à laisser apparaître les qualités propres d'un lieu.

Chaque projet commence par une conversation. Plutôt qu'un simple échange technique, Agathe Rosa engage un dialogue avec les architectes: elle leur demande quelles images les accompagnent, quelles références — artistiques, littéraires ou cinématographiques — ont nourri leur projet. Cette exploration lui permet d'entrer dans leur univers, de comprendre l'imaginaire qui traverse le bâtiment.

À partir de là se dessine une manière de photographier: choix des cadrages, de la lumière, du moment, parfois même du format des images. La photographie devient une interprétation partagée. Lorsqu'elle arrive sur un site, elle prend d'abord le temps de regarder. Observer, marcher, attendre. Ressentir les ambiances, les variations de lumière, les respirations du lieu. Cette phase d'immersion lui permet de se détacher de la seule dimension technique de la prise de vue pour construire une relation plus sensible avec l'architecture.

Les images se composent alors comme les fragments d'un récit. Non pas une documentation exhaustive du bâtiment, mais une suite de situations qui en révèlent les tensions, les équilibres et les atmosphères. Dans ce travail, Agathe Rosa cherche moins à montrer un projet qu'à en transmettre l'expérience. À travers la précision douce de son regard, la photographie devient un espace de dialogue: entre l'architecte et le lieu, entre le bâtiment et ceux qui le regardent.

Et parfois aussi entre les images et les mots. Car accompagner les photographies par l'écriture fait partie intégrante de sa démarche: des textes qui racontent l'expérience du lieu et donnent cohérence au projet, du reportage photographique à sa diffusion. Une manière de prolonger le regard par le langage."

Benoît Santiard



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